Quand l’exil devient un espace de création
Du 30 juillet au 2 août 2026, la Galerie Retour De Voyage accueille une résidence exceptionnelle réunissant cinq artistes birmans aujourd’hui installés en France.
Pendant plusieurs jours, Kyar Pauk, Thoe Htein, Wooh, Chuu Wai et Mayco Naing investiront les galeries de La Maison sur la Sorgue pour créer sous le regard du public, échanger avec les visiteurs et partager une expérience rarement accessible : celle de la naissance d’une œuvre.
Cette résidence est une invitation à entrer dans le quotidien d’artistes qui, malgré l’exil, continuent de faire de la création un territoire de liberté.
Cinq parcours, cinq disciplines, une même liberté
Ils sont nés au Myanmar. Ils ont quitté leur pays à des moments différents, pour des raisons différentes, mais tous ont été confrontés aux bouleversements qui traversent aujourd’hui la Birmanie.
Pour autant, rien ne les rapproche davantage que leur désir de créer. Ils ne forment pas une école artistique. Ils ne partagent ni les mêmes techniques, ni les mêmes influences, ni les mêmes sujets.
L’un vient de la musique, un autre de la bande dessinée, une autre de la photographie contemporaine, une autre encore de la performance ou de la peinture. Cette diversité contribue à la richesse de cette résidence.
Elle montre que l’art birman contemporain ne se résume pas à une esthétique ou à un discours politique. Il est multiple, vivant, inventif et profondément ouvert sur le monde.
Les artistes de la résidence

Chuu Wai, une voix majeure de l’art contemporain birman
Peintre, performeuse et muraliste, Chuu Wai développe une œuvre profondément engagée autour de la condition des femmes, de la liberté individuelle et de la mémoire.
Ses créations interrogent les violences invisibles, les normes sociales et les mécanismes de domination, sans jamais perdre leur force plastique. Peinture, installation, performance ou création participative deviennent autant de moyens d’ouvrir le dialogue.
Son œuvre, exposée dans de nombreux pays, fait aujourd’hui partie des voix les plus singulières de la scène artistique birmane contemporaine.
Kyar Pauk, La peinture comme prolongement de la musique
Figure incontournable de la scène culturelle birmane, Kyar Pauk est d’abord connu comme chanteur, compositeur et fondateur du groupe de rock Big Bag.
Mais son univers déborde largement la musique. Écrivain, dessinateur, graffeur et peintre, il aborde chaque discipline avec la même liberté.
Ses tableaux naissent de gestes spontanés, d’une énergie instinctive et d’un goût affirmé pour l’expérimentation. Couleurs éclatantes, formes libres, humour discret et regard critique composent un langage pictural qui refuse toute frontière entre les arts.


Mayco Naing, Photographier la mémoire de l’exil
Photographe et artiste visuelle, Mayco Naing explore depuis plusieurs années les conséquences humaines de la violence politique et de l’exil.
Ses séries photographiques interrogent la peur, la résilience, la place des femmes et la reconstruction des identités.
Son travail privilégie toujours la sensibilité au spectaculaire. Chaque image invite le spectateur à regarder au-delà de l’événement pour retrouver les histoires individuelles qui s’y cachent.
À travers cette résidence, elle prolongera cette réflexion en dialogue avec les autres artistes invités.
Thoe Htein, Entre illustration, Pop Art et engagement
Illustrateur professionnel, auteur de bandes dessinées et peintre, Thoe Htein appartient à une génération d’artistes qui ont renouvelé l’image contemporaine au Myanmar.
Influencé autant par le Pop Art que par les grands auteurs de romans graphiques, il construit des œuvres où les couleurs franches côtoient des compositions très élaborées.
Son travail s’est progressivement chargé d’une dimension politique depuis le coup d’État de 2021, sans jamais perdre sa puissance graphique.
Chaque image raconte une histoire, parfois avec humour, parfois avec gravité, toujours avec une remarquable maîtrise du dessin.


Wooh, L’art de raconter en images
Au Myanmar, Wooh est connu avant tout comme auteur de bandes dessinées. Avec son épouse, il a publié plusieurs centaines d’histoires illustrées qui ont marqué toute une génération de lecteurs.
Aujourd’hui installé en France, il poursuit ce dialogue entre illustration, narration graphique et création contemporaine.
Ses personnages, expressifs et immédiatement reconnaissables, mêlent poésie, ironie et observation attentive de la société.
Son travail rappelle que le dessin est l’un des langages les plus universels qui soient.
Une résidence ouverte au public
Durant toute la résidence, les visiteurs pourront circuler librement dans la galerie, observer les artistes au travail, poser leurs questions et découvrir les œuvres au fil de leur création.
Une toile pourra évoluer d’heure en heure. Un dessin prendra forme sous les yeux du public. Une photographie trouvera sa place dans une installation en cours.
Ce temps partagé constitue l’essence même de la résidence : faire découvrir non seulement les œuvres, mais aussi les gestes, les doutes, les échanges et les rencontres qui les rendent possibles.
Un dialogue entre les artistes
Cette semaine sera également ponctuée de plusieurs rendez-vous ouverts au public :
- Le vernissage de l’exposition de Khin Zaw Latt, The Strength Within Silence.
- Une table ronde animée par Bruno Philip, écrivain et ancien grand reporter au Monde, avec la participation exceptionnelle de Wendy Law-Yone, grande figure de la littérature birmane en exil. Les six artistes échangeront autour de la création, de la mémoire et de l’exil.
- Une vente exceptionnelle, le 2 août, réunissant les œuvres réalisées pendant la résidence. Une occasion unique d’acquérir une création dont on aura suivi la naissance.
Quand l’art résiste
Cette résidence n’est pas un simple témoignage sur la Birmanie. Elle raconte avant tout la capacité des artistes à continuer de créer lorsque tout semble inciter au silence.
En accueillant ces cinq personnalités aux parcours si différents, La Maison sur la Sorgue affirme une conviction qui anime la Galerie Retour De Voyage depuis son ouverture : l’art voyage plus librement que les frontières, et chaque rencontre est une manière de lui offrir un nouveau territoire.

